Les candidats du bloc central, Edouard Philippe et Gabriel Attal, sont bien placés pour le savoir : s’ils peinent à progresser dans les sondages d’intentions de vote — voire, s’ils reculent — c’est qu’après deux quinquennats d’Emmanuel Macron, l’heure est au dégagisme. Comme le montre la dernière enquête de l’institut Cluster 17 pour POLITICO, parue lundi 26 octobre, ce sont les incarnations d’une rupture radicale avec le macronisme qui, à ce stade de la campagne, ont le vent dans le dos : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais les représentants du camp central ne souffrent pas que d’un simple désir d’alternance : s’ils décrochent, c’est qu’ils suscitent désormais chez les Français un rejet aussi fort, voire plus puissant, que le Rassemblement national ou La France insoumise.
Impossible donc, pour les partis ayant déjà exercé le pouvoir, de continuer à parier sur des électeurs prêts à tout pour barrer la route de l’Elysée aux “extrêmes”. Pour l’emporter en 2027, un prétendant à la présidence doit donc formuler un nouveau vœu : plutôt que de rêver d’être majoritaire dans le pays, se contenter d’espérer être le moins exécré des compétiteurs. Ce que mesure notre baromètre mensuel du rejet, réalisé par Cluster 17 pour POLITICO, dont la deuxième livraison montre que les grandes tendances observées en septembre s’accentuent et témoigne d’un moment de la campagne “plutôt favorable aux droites” (traditionnelle et extrême), analyse Jean-Yves Dormagen, le président de l’institut.
Logique : notre enquête a été menée du 19 au 22 octobre, juste après les casses et pillages du 17 octobre. Cluster 17 a, de nouveau, demandé à 3 000 personnes quelle était la probabilité, sur une échelle de 0 à 10, qu’elles votent “un jour” pour chacun des candidats à la présidentielle testés — 0 correspondant à une impossibilité totale de glisser ce bulletin dans l’urne, 10 indiquant que les sondés jugent “tout à fait possible” de le faire. Tous les candidats testés demeurent rejetés par une majorité de Français.
Les plus répulsifs restent les mêmes, mais ils voient augmenter le taux de Français excluant totalement de voter pour eux. L’Ecologiste Marine Tondelier arrive ainsi toujours en tête du classement du rejet, à 71% (+3 par rapport au mois dernier) — à égalité cette fois avec Eric Zemmour, non testé dans notre précédente enquête. Même logique pour Jean-Luc Mélenchon.
Toujours en deuxième position des personnalités les plus rejetées, l’Insoumis l’est encore plus qu’en septembre. Les interrogés sont désormais 69% à juger inimaginable de choisir un bulletin au nom de l’Insoumis (ils étaient 66%). Les violences du week-end des 17 et 18 octobre ont “radicalisé sur la droite un certain nombre de personnes”, juge Dormagen.
Et ainsi conforté l’image négative de “JLM”, augmentant la perception de LFI comme “un mouvement radical, qui incarne une rupture brutale”. Le moment profite, en miroir, aux figures supposées incarner l’ordre, la fermeté, l’autorité, au premier rang desquelles Marine Le Pen. La candidate RN est désormais celle qui réunit le moins de sondés estimant strictement impossible de voter un jour pour elle : ils ne sont plus “que” 52% (- 4).
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