Il y a cinquante ans, à ma première Session du CIGRE à Paris, notre métier d’ingénieur était extrêmement simple. Nous avions de grosses centrales électriques, une demande prévisible, du fer et du cuivre. L’ « intelligence numérique » se résumait à un ingénieur avec un crayon bien taillé et un classeur.
La « communication sans fil » ? Un collègue qui criait dans le poste. Aujourd’hui, nous menons la transformation technologique la plus complexe de l’histoire de l’humanité : la transition énergétique.
Et notre rôle est très clair : nous ne pouvons pas nous satisfaire de jouer les spectateurs, nous devons la piloter activement. Car si nous ne la gérons pas avec un savoir-faire technique solide, ce sont les lois physiques du réseau qui nous contrôleront — et ces lois physiques se moquent bien des mandats politiques ou des tendances sur les réseaux sociaux ! Chaque jour, nous équilibrons un système sous tension.
La demande d’électricité explose à mesure que nous électrifions. Et nous devons électrifier les transports, le chauffage et l’industrie lourde, tandis que d’énormes data centers dédiés à l’IA engloutissent des mégawatts. Dans le même temps, l’inertie des systèmes traditionnels disparaît.
Nous remplaçons les lourdes turbines rotatives en acier par des énergies renouvelables à onduleurs fonctionnant à la vitesse de la microseconde, ce qui ne nous laisse aucune marge d’erreur. Les frontières physiques se sont complètement effacées : ce qui se passe au niveau d’une simple borne domestique de recharge pour véhicule électrique ou d’un panneau solaire installé sur un toit a désormais des répercussions sur les réseaux de transport à haute tension situés à des centaines de kilomètres de là. Pour mener à bien cette transition complexe, la communauté énergétique mondiale doit s’aligner autour de trois piliers incontournables.
Premier pilier : transmission et distribution ne peuvent plus vivre dans des mondes séparés. Historiquement, le transport et la distribution se comportaient un peu comme un couple marié depuis longtemps qui aurait cessé de se parler. Les gestionnaires de réseau de transport pensaient que les gestionnaires de réseau de distribution ne s’occupaient que d’ampoules et de lampadaires.
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